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War and Le nouvel impérialisme OÙ VA L'AMÉRIQUE?

 |  Socialist Resistance Rouge- ESF Special  |  page 12

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Débarrassons-nous de Bush, et alors la gauche pourra s'atteler à son vrai programme, combattre la pauvreté et l'injustice. Tel était l'argument de Naomi Klein dans un article largement diffusé où elle révélait qu'elle s'était, « à regret », ralliée au vote pour Kerry.

Son argument reflète une opinion largement répandue qui veut que la politique américaine ait été monopolisée de force par un petit groupe de fanatiques - les "néoconservateurs" comme Cheney, Rumsfeld and Wolfowitz - par le biais des fraudes électorales en Floride en 2000.

Naomi Klein considère que les zélateurs qui tiennent la Maison Blanche de Bush «servent ouvertement les intérêts des multinationales qui leur ont permis d'atteindre le pouvoir avec une sanglante efficacité ». (1) C'est absolument vrai. Mais comme l'indique Peter Camejo, candidat de gauche à la vice-présidence, le candidat démocrate John Kerry et tout l'état major du Parti Démocrate ont soutenu Bush sur toutes les questions importantes (2).

Il faut éviter de sous estimer les éléments de continuité entre l'équipe Bush et les gouvernements précédents. Le « nouveau militarisme qui s'accélère aujourd'hui a commencé sous Reagan dans les années 1980. A l'heure actuelle, les élites politiques américaines partagent une conception commune : « l'Etat néolibéral et anti-terroriste », qui remplace l'Etat anti-communiste des années 1950 et 1960.

Parmi les éléments clés de ce consensus politique, on trouve l'usage massif de la force militaire et un régime de mobilisation politique centré sur le danger du terrorisme et la nécessité de supprimer les libertés fondamentales au nom de la « sécurité ». Les élections américaines qui ont lieu en novembre seront un indicateur important de l'état A l'heure actuelle, les élites politiques américaines partagent une conception commune: « l'Etat néolibéral et antiqui remplace l'Etat anticommuniste des années 1950 et 1960 d'esprit de la minorité qui participe aux élections, mais les fondamentaux de la nouvelle orientation politique ne changeront pas. Ce qui sous-tend cette nouvelle orientation, c'est l'impression (réaliste) qu'ont les dirigeants américains d'être en guerre et constamment menacés, économiquement et politiquement, et le choix d'utiliser la force militaire, domaine dans lequel leur supériorité est écrasante. Il n'y a qu'à voir les facteurs qui ont déclenché l'invasion de TIrak en 2003. Le premier, c'était le désir de contrôler le pétrole irakien.

Les réserves de pétrole s'amenuisent, et seront épuisées d'ici un siècle. Lépuisement des aires de production secondaires comme la mer du Nord ou les Etats-Unis va rendre le contrôle du pétrole du Proche-Orient encore plus important. Un contrôle direct du pétrole irakien et une présence militaire permanente en Irak apportent aux Etats Unis un avantage considérable.

Le second élément, c'est que Saddam Hussein envisageait de substituer l'euro au dollar pour évaluer le pétrole irakien, ce qui aurait augmenté considérablement la crédibilité de la monnaie européenne, et aurait renforcé l'idée que TUnion Européenne pouvait constituer une unité politique et économique capable de rivaliser avec les Etats-Unis à T'échelle mondiale. Enfin, il s'agissait d'affirmer l'hégémonie militaire et politique des Etats-Unis face aux rivaux potentiels.

Les plans du Pentagone dévoilent les dangers stratégiques qui menacent les Etats Unis, dans la mesure où il s'agit de s'attaquer aux conséquences de la catastrophe écologique en cours, d'accaparer une énorme partie des ressources energétiques mondiales, et de gérer le danger d'une subversion interne.

Par ailleurs, derrière cette stratégie se pose la question de la Chine. Les Etats-Unis doivent s'entendre commercialement avec la Chine: ils préfèrent avoir la mainmise sur son immense marché intérieur, plutôt que de laisser la place aux Européens et aux Japonais. Mais dans le même temps, la Chine est en voie d'encerclement militaire.

De nouvelles bases américaines en Asie centrale, et même au Vietnam, ainsi qu'une présence renouvelée aux Philippines, viennent renforcer les bases existant déjà au Pakistan, en Inde, au Japon, et bien sur à Taiwan.

Lutilisation de la force militaire américain comme moyen de renforcer le poids politique et économique des Etats-Unis est un fait avéré pour des millions de gens. Cependant, la « guerre contre le terrorisme » constitue également une arme redoutable, aux Etats Unis et au niveau international.

Pendant la Guerre Froide, en gros entre 1950 et 1990, c'est l'anti-communisme qui jouait le rôle de ciment idéologique. Il était contesté par une minorité, en particulier pendant la guerre du Vietnam, mais constituait tout de même une arme puissante, que renforçaient la répression et la surveillance -qui ont atteint leur apogée pendant la période du maccarthysme (3). Elles n'ont jamais cessé depuis et ont atteint de nouveaux sommets au moment de la liquidation impitoyable des Black Panthers à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

L'hystérie anti-terroriste est un nouveau maccarthysme, qui fait de chaque événement public important, immanquablement précédé de soldats paradant sous la bannière étoilée et d'une surveillance accrue des dissidents, une occasion pour diaboliser population musulmane et pour justifier une repression incroyable, incluant l'emprisonnement secret et arbitraire d'environ 1000 «suspects » qui ont disparu sans laisser de trace.

Le nouvel impérialisme constitue néanmoins une stratégie haut risque. Luniversitaire de droite Niall Ferguson estime que l'empire américain est nécessaire, mais ne peut pas fonctionner pas parce que les Etats-Unis rechignent à impliquer des millions de citoyens dans l'occupation militaire et politique de cet empire - au contraire de la politique britannique qui cherchait à gérer directement son vieil empire.

L'Amérique ne fera pas comme les Britanniques parce qu'elle n'est pas en mesure de le faire. On ne peut pas faire comme si les luttes anti-coloniales du 20ème siècle n'avaient jamais existé ni reconstruire les conditions d'un colonialisme à l'anciCUC.

Il est certain que la classe dominante américaine veut dominer le monde, mais à l'heure qu'il est, elle a bien du mal à dominer Fallujah, Samara ou Sadr City. La défaite en Irak porterait un coup terrible à ce nouvel impérialisme, comme la défaite au Vietnam il y a 30 ans.