Socialist Resistance

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Construire des partis anti-capitalistes larges !

 |  Socialist Resistance Rouge- ESF Special  |  page 22-23

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Il suffit de regarder l'évolution qu'a connue le mouvement altermondialiste depuis 1999 pour se convaincre qu'aujourd'hui, le discours néo-libéral est en crise. Hégémonique dans les années 80-90, en particulier après la chute du mur de Berlin, il se retrouve aujourd'hui sur la défensive.

Sur le plan social, son échec est maintenant évident aux yeux de larges couches de la population, touchées de plein fouet par la régression généralisée qu'il organise. Par ailleurs, certains scandales ont révélé l'absurdité du système, qu'il s'agisse de l'affaire Enron aux Etats-Unis, ou de l'interdiction par les laboratoires pharmaceutiques des médicaments génériques contre le SIDA.

Pour des millions de gens, l'incompatibilité entre la politique néo-libérale et la satisfaction des besoins sociaux est désormais manifeste.

En même temps, en Europe, la gauche institutionnelle, si elle domine sur le plan électoral, n'incarne pas une véritable alternative : les partis communistes, quand ils résistent encore, peinent à proposer une véritable alternative, et sont subordonnés par les partis socio-démocrates.

Ces derniers ont tenté d'affirmer la possibilité d'une « troisième voie » social libérale. Les faits ont montré partout en Europe que les moyens d'une telle voie n'existaient pas : les socio-démocrates sont condamnés à accompagner le libéralisme, et mènent, à des rythmes différents, les « réformes » anti-sociales qu'exige le patronat.

C'était particulièrement évident quand sur 15 pays de l'Union Européenne, 13 étaient dirigés par des gouvernements socio-démocrates, et qu'aucun infléchissement à gauche de la politique néolibérale européenne n'est advenu.

En fait, sur le terrain de la politique concrète, il est de plus en plus clair qu'il faut choisir entre la politique néolibérale, au service de la globalisation capitaliste, et une orientation anticapitaliste pour satisfaire les besoins sociaux des populations.

Dans ce contexte, il existe donc bien un large espace pour une alternative politique.

De manière concomitante, on est sorti d'une phase où, sur le plan du mouvement social, plus rien ne semblait possible, où un sentiment massif d'impuissance politique et le fatalisme dominaient dans les milieux militants.

Des forces militantes nouvelles ont surgi dans les dernières années, au sein du mouvement altermondialiste et dans son sillage. Elles sont parvenues à décrédibiliser le néolibéralisme, en faisant apparaître la cohérence d'un système alliant régression sociale et offensives militaires.

Ces nouvelles générations militantes sont capables de renouveler le mouvement ouvrier traditionnel en fusionnant avec lui. Elles portent une nouvelle perspective émancipatrice, internationaliste, anti-impérialiste, féministe et écologiste.

La jeunesse y est particulièrement représentée. Elle est porteuse de ses propres symboles, méthodes d'action (désobéissance) et organisationnelles, en rupture avec la culture politique dominante dans les mouvements traditionnels.

Il existe donc non seulement un espace politique mais aussi des forces disponibles pour construire l'alternative.

Pour avancer dans cette direction, des débats sont bien sûr nécessaires au sein des mouvements, en termes d'orientation politique. Il faut débattre avec des courants qui pour le moment, s'ils critiquent certains effets du néo-libéralisme, ne remettent pas en cause les fondements du système.

Mais il existe aussi des courants qui critiquent fondamentalement le capitalisme et qui refusent l'idée de participer à des gouvernements de gestion du système, mais qui n'en tirent pas les mêmes conclusions que nous sur la nécessité à un moment donné d'une rupture révolutionnaire.

Ces courants, parce qu'ils s'opposent clairement au capitalisme, doivent prendre toute leur place dans un parti anti-capitaliste large et pluraliste.

Partout où les forces existent, notre objectif est de favoriser ce type de regroupement, dans un rapport respectueux mais étroit avec le mouvement social.

Cela implique évidemment de mener les débats sans aucun sectarisme, sans se cantonner à une politique d'auto-affirmation. Il s'agit d'obtenir une représentativité dans la société qui brise le monopole qu'exercent les partis adeptes du social-libéralisme sur la gauche, ce qui implique aussi d'avoir des élu-e-s sur le plan local, régional, national, européen.

Il faut rendre crédible cette perspective, pour éviter un enfermement dans un logique du moindre mal, qui profite à la gauche social-libérale sur le plan électoral.

Bien entendu, de tels regroupements ne peuvent fonctionner que sur la base du pluralisme, qui permet à la fois la convergence et le débat, et, en ce qui nous concerne, le maintien d'un courant marxiste révolutionnaire comme élément accepté au sein d'un ensemble plus large.

Il ne faut pas se cacher les difficultés qui sont devant nous. En particulier, force est de constater

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qu'à ce stade, il paraît difficile de trouver des partenaires constitués dans la gauche existante.

Il n'y a pas de courant ample, pour le moment, qui se soit présenté au sein de cette gauche, ni dans les tendances de la gauche social-démocrate, timorées, ni dans les partis communistes, dont la crise n'a pas débouché sur un projet anticapitaliste conséquent et un fonctionnement démocratique (à l'exception, partiellement, du PRC italien), ni dans les grands partis verts qui ne sont pas parvenus à incarner une véritable alternative politique et sociale, et dont certains sont désormais passés de l'autre côté de la barrière (en Allemagne par exemple).

Cela ne signifie pas que, dans ces partis et dans le mouvement social, il n'y aurait pas d'intérêt et de disponibilité pour une recomposition anticapitaliste. Elle peut prendre des formes diverses.

La conclusion n'est pas de se détourner de ces partis et de leurs militants. Au contraire, élargir la recomposition dans cette direction par une politique systématique de collaboration et de convergence est indispensable pour créer un pôle d'attraction très large afin de battre le social-néolibéralisme.

Mais la conclusion fondamentale qui en découle, c'est qu'il dépendra, beaucoup plus que par le passé, du développement d'un pôle fort et autonome et d'un rapport de force extérieur pour attirer et organiser ces sympathies.

Il est urgent et nécessaire de faire des pas en avant en direction de partis larges, pluralistes et représentatifs, qui soient anti-capitalistes, internationalistes, écologistes et féministes, et qui, profondément attachés à la question sociale, défendent jusqu'au bout les revendications du monde du travail et s'opposent à toutes les formes de domination, en se basant sur l'auto-organisation de celles et ceux qui luttent.